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Catégorie : Histoire et Actualité Postales


L’INVENTION DU CACHET À DATE POSTAL EN 1661
PAR LE PREMIER POSTMASTER GENERAL HENRY BISHOP.

UNE INVENTION HISTORIQUE ET SON INVENTEUR QUE LA POSTE
BRITANNIQUE N’A JAMAIS CÉLÉBRÉS AVEC UN TIMBRE-POSTE.

(Antoine Sidoti).


mercredi 1 avril 2026

C’est sous Jacques Ier (1566-1625) au Royaume-Uni que l’accès de la Poste Royale est totalement ouvert au public. Il ne s’agissait pas d’un grand élan de démocratisation tel que nous le concevons de nos jours en vue de pourvoir aux besoins de l’ensemble de la population du pays.
1. Portrait avec son fidèle chien par
l’artiste Francis Crake en 1684.


Car d’une part, la taxation était lourde et, d’autre part, le Souverain utilisait le service postal comme source d’information pour la sécurité de l’État. À ce contrôle policier s’ajoutait l’inévitable retard qui en découlait sur le plan de la distribution du courrier. Dans ce contexte, on comprend que le dirigeant du service postal avait une importance primordiale. La position prééminente de ce personnage est illustrée par le contact direct qu’il avait avec le Souverain. C’était le cas du fervent royaliste Henry Bishop (fig. 1), alias Bishopp ou Bisshopp (1605-1691), originaire de Henfield dans le West Sussex (au sud de l’Angleterre).

En juin 1660, quelques semaines après la Restauration Stuart, il est nommé Postmaster General, premier d’une longue série1, Directeur général des Postes (cad ministre des Postes) du General Post Office (Bureau de poste général) par Charles II (1630-1685, roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande de 1660 à sa mort).

Moins d’un an après sa nomination, Henry Bishop introduit le révolutionnaire cachet à date postal. Pour assurer la gestion des Postes pendant sept ans, le néo-Postmaster General s’était vu octroyer la confortable somme de 21 500 livres sterling par an (environ 3 millions de livres sterling actuelles, environ 3 431 940,00 €), soit le double de sa rémunération précédente. Et selon l’auteur d’un article paru en juin 2023, Peter Chadwick :
« Les marques postales introduites en 1661 par le directeur général des Postes Henry Bishop eurent un impact considérable sur l’efficacité du service postal en Grande-Bretagne, à tel point que leur usage se poursuivit sous diverses formes pendant des siècles. […] Lorsque Bishop reprend la direction de la Poste, six lignes postales sont partiellement opérationnelles : celles menant à Douvres et Yarmouth, celle menant à Plymouth, celle menant à Bristol et aux docks de Pembroke, celle menant à Chester et Holyhead et la grande route nord menant à Édimbourg : nous les appelons aujourd’hui A2, A11, A3, A4, A5/A41 et A1. En l’espace de dix-huit mois, toutes ces lignes fonctionnent de manière raisonnablement régulière, fréquente et fiable. La mise en place des points de remplacement des chevaux tous les 15 à 25 kilomètres le long de ces six routes est une réalisation considérable. En outre, Henry Bishop supervise la mise en place de relais postaux pour desservir les villes situées en dehors des itinéraires postaux.
Néanmoins, il est critiqué (probablement à tort) pour des retards présumés dans la distribution du courrier, et en réponse, il invente le cachet dateur [désormais, “cachet à date Bishop”], apposé sur chaque lettre remise à la Poste principale de Londres, dès son arrivée au bureau central2. »
Ce propos rétrospectif de Peter Chadwick est flatteur et prudent à la fois. En effet, moins d’un an après son entrée en fonction, Henry Bishop est accusé de nombreux abus, « probablement à tort ». C’est la raison pour laquelle, ne voulant pas en endosser seul la responsabilité, soit à cause d’un banal dysfonctionnement du service dû à ses subalternes, soit à cause du contrôle dû au service d’espionnage postal, Henry Bishop décide de faire apposer sur les missives, dès les premiers mois de 1661, – la date exacte n’est pas connue ! –, des petites marques circulaires : un cercle de 13 mm de diamètre, divisé en deux parties horizontalement indiquant le jour dans la partie supérieure et le mois (avec deux seules lettres) du départ du bureau d’origine dans la partie inférieure (fig.2 ci-dessus).


3.1. Cachet Bishop du 4 octobre.

3.2. Cachet Bishop du 23 avril.

3.3. Cachet Bishop nord américain
qui se distingue de l'anglais
par l'absence de la barre
de séparation médiane entre
le jour (en haut) et le mois (en bas).

La nouvelle de ce qu’Henry Bishop qualifiait d’« invention » est d’abord annoncée le 25 mai 1661, puis régulièrement jusqu’au 19 septembre suivant, dans Mercurius publicus, l’hebdomadaire qui publiait les édits du roi, sous la forme d’une proclamation intitulée An Advertissement from his Majestie’s Post-office (Une annonce de la Poste de Sa Majesté). Dans son « Advertissement », le Postmaster-general explique dans les termes suivants les raisons de sa décision :
« A stamp is invented, that is put upon every letter shewing the day of the month that every letter come to the office, so that no Letter Carryer may dare detayne a letter from post to post ; which before was usual ».
(Un cachet est créé, qui est apposé sur chaque lettre indiquant le jour du mois où chaque lettre arrive au bureau, afin qu’aucun facteur n’ose retarder une lettre d’un bureau à l’autre, ce qui était auparavant courant).
Nous retrouverons plus loin le texte de cette citation en anglais, – elle-même suivie du nom et de la qualité de son auteur « Henry Bishop (Postmaster General) » –, dans la partie supérieure de la feuille de 20 timbres avec appendice que la Poste britannique émettra le 15 septembre 2011.
Ces cachets à date Bishop une fois apposés sur la lettre, les facteurs doivent maintenant remettre le courrier le jour même en été, et au plus tard le lendemain matin en hiver. Ainsi, Henry Bishop peut désormais en tirer argument pour sa défense. Malgré cela, il ne garde pas sa charge au-delà du mois d’avril 1663, date à laquelle il cède son bail à l’irlandais Daniel O’Neil (v. 1612-1664), qui le garde à son tour jusqu’au 24 octobre 1664, jour de son décès. « L’efficacité du service postal » introduite par Henry Bishop n’a de toute évidence pas suffit à assainir en profondeur la dégradation du transport du courrier, vu qu’en accédant à sa charge de Postmaster-general, Daniel O’Neill est amené à émettre « une proclamation selon laquelle nul autre qu’O’Neale [sic !] est autorisé à transporter ou à distribuer du courrier et que les maîtres de poste doivent, sous peine de licenciement, fournir un certificat de conformité délivré par l’Église d’Angleterre dans un délai de six mois »3. Cela n’enlève rien au fait qu’Henry Bishop a inventé l’ancêtre des cachets à date, dans lequel force est de constater que le premier Postmaster-general a oublié d’insérer ce qui relève de l’évidence de nos jours : l’indication de l’année civile.
Sculpté dans du bois dur qu’il fallait renouveler périodiquement, le cachet à date Bishop est utilisé pour la première fois à Londres en 1661 et son usage est étendu dans les années qui suivent à Dublin (Irlande) et à Édimbourg (Écosse), où après la période initiale, l’encre rouge est également adoptée (contrairement à Dublin et à Londres qui ont toujours conservé l’encre noire) – Il est étendu dans d’autres villes du pays comme dans celles des colonies nord-américaines (New York, Philadelphie, Québec et Nouvelle-Écosse), où ce cachet à date se distingue de la version anglaise par l’absence de barre de séparation médiane entre la partie supérieure et la partie inférieure (fig. 3.3) 4; puis dans le vaste empire britannique.
Cela pendant plus d’un siècle jusqu’à 1787. Le cachet à cire rouge de l’expéditeur accompagne le cachet à date Bishop (fig. 4, et détail fig. 4a, voir page suivante).

3 https://en.wikipedia.org/wiki/Daniel_O%27Neill_(Royalist)
4 http://www.societephilateliquedequebec.org/uploads/9/0/1/8/90188451/marque_bishop_septembre_2020.pdf





 A gauche: 4. Lettre enveloppe vers 1680/1690. 

 Ci-dessus: 4a. Détail de la marque Bishop du 7 mars de la lettre ci-contre. 

Les lettres des premières années d’utilisation du cachet à date Bishop sont très rares du fait que la plupart d’entre elles ont disparu lors de la Grande Peste de 1665 et du Grand Incendie de 1666 qui ont ravagé Londres. Nous ne sommes pas en mesure de dire quand a été enregistré le plus ancien cachet postal Bishop et, en l’état des connaissances actuelles, il est généralement admis que le plus ancien exemple connu de ce cachet date du 19 avril 1661. Nous reproduisons trois rares lettres de cette première année d’utilisation du cachet à date Bishop et empruntons :
–  La première (fig. 5) au London Postal History Group Notebook (numéro 92-95, décembre 1990, page 4 ; revue fondée par Forrestier-Smith en 1971), datée 18 mai 1661 au départ de Rutland pour Londres, issue d’une collection qui avait obtenu la médaille d’or lors d’une exposition en 19905.
– La deuxième, à l’étude citée plus haut de Peter Chadwick et elle est datée 2 septembre 1661 (fig. 6).
– Quant à la troisième, il s’agit d’une lettre envoyée de Londres à̀ Lord Henrys vers Oxford en date du 29 octobre 1681, qui a été présentée dans le numéro de septembre 2020 du Bulletin de la société Philatélique de Québec par Michel Goupil (l’un des directeurs de ce Bulletin) sous le titre « La marque postale Bishop » (fig. 7)6.





 A gauche, 5. Lettre du 18 mai 1661 
 de Rutland pour Londres, arrivée le 20 mai. 


  Ci-dessus, 6. Lettre du 2 septembre 1661. 

 7. Lettre du 29 octobre 1681 
 envoyée à Lord Henry à Oxford. 



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Dans les années antérieures à son avènement à la fonction de Postmaster-general, Henry Bishop et sa famille ont considérablement souffert. Cela se passe au cours de la Grande Rébellion, la première révolution anglaise qui se déroule de 1642 à 1651 sous le règne de Charles Ier (1600-1649, roi de 1625 à 1649, mort exécuté le 30 janvier), à une époque où la monarchie avait été abolie en 1649 et la République instaurée, avec Oliver Cromwell (1599-1658) à sa tête à partir de 1653 avec le titre de Lord-protector jusqu’à sa mort. Le fervent royaliste Henry Bishop a réussi à se sauver en se réfugiant dans la colonie britannique de Virginie en Amérique du Nord. Une touchante allusion aux « varios casus et tot discrimina » (les diverses aventures et bien des épreuves) traversées au cours de son existence par l’ « ami fidèle en des temps incertains » Henry Bishop est inscrite sur la plaque commémorative qui se trouve dans St Peter’s Church, Henfield, West Sussex, ainsi libellée en latin, distribuée sur 13 lignes (fig. 8, ci-dessous) :


« HENRICUS BISHOP AR.
Amicus certus in re incertà,
CHARITATE,
HOSPITALITATE,
URBANITATE
PRÆCLARUS ;
Cúm,
(Per varios casus et tot discrimina-)
Octoginta sex complevisset annos,
Senectute tandem confectus,
Hic inter atavos decubuit.
MARTII XIX
A.D. MDCXCI ».

HENRY BISHOP AR.
Un ami sûr en des temps incertains,
EXCELLENT EN CHARITÉ,
/ HOSPITALITÉ,
/ ET URBANITÉ ;
Qui, après avoir traversé diverses
fortunes et tant de périls,
Ayant atteint l’âge de quatre-vingt-six ans,
enfin épuisé par la vieillesse,
Repose ici parmi ses ancêtres.
19 mars / 1691 après J.-C.

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La nomination d’Henry Bishop comme Postmaster-general peu après le rétablissement de la monarchie Stuart est vraisemblablement aussi une marque de reconnaissance du roi Charles II envers un très « sûr » parmi les fidèles à la Couronne qui a choisi son camp au péril de sa vie lors de la Grande Rébellion. Mais que deviendra bien plus tard cette reconnaissance ancienne de fidélité exprimée par Charles II en 1660 envers Henry Bishop ? Et quelle forme prendra-t-elle sur le plan postal, le cas échéant ?

Force est de constater qu’aucun timbre-poste n’a été émis par la Poste britannique pour honorer Henry Bishop et son invention du cachet à date jusqu’à la fin des années 1950. L’occasion pour enfin y procéder semblait s’imposer à l’approche de l’Exposition philatélique internationale de Londres organisée au Royal Festival Hall du 9 au 16 juillet 1960, sous le règne d’Élisabeth II (1926-2022). La question est alors en effet posée dans la perspective de la commémoration du tricentenaire (1660-1960) de la création du General Post Office, le Bureau de Poste Général qu’avait établi Charles II en 1660. Les données historiques suivantes, puisées dans le récit que Derrick Page du The Postal Museum britannique a établi en décembre 1992, – sous le titre Tercentenary of Establishment of the General Letter Office (Tricentenaire de la création du Bureau général des lettres) –, sont éclairantes :

        « L’idée de commémorer le 300e anniversaire de la création de la Poste semble avoir été évoquée pour la première fois en 1955. Le 11 octobre de cette année-là, M. Langfield, du Département des services postaux (PSD), demande des informations pour savoir si cet anniversaire tombe en 1957, “au cas où la question de timbres spéciaux se poserait”. L’idée que la Poste remonte à 1657 provient de la loi parlementaire d’Oliver Cromwell de cette année-là, qui a créé un “Bureau de poste général” [“General Post Office”]. La Poste considère cette loi comme marquant sa création : dans une lettre adressée au directeur des services postaux (DPS [Director of Postal Services, Directeur de la Poste) le 21 février 1956, T. A. O’Brien, chef du département des relations publiques (PRD [Public Relations Department]), déclare que 1957 marque le 300e anniversaire de la Poste et qu’il faut célébrer ce tricentenaire.
Cependant, en mars 1956, l’attitude de la Poste change en faveur de la commémoration du tricentenaire en 1960 plutôt qu’en 1957. Une lettre du DPS datée du 5 mars explique les raisons de ce changement. Tout en reconnaissant que les dates antérieures sont associées à la création de la Poste (proclamation de Charles Ier de 1635 et loi de Cromwell de 1657), le DPS conclut que la loi de Charles II de 1660 doit être considérée comme marquant sa fondation. Le DPS admet que la loi de 1660 est sensiblement la même que celle de 1657, mais il souligne que “le préambule de 1657 stipule que le GPO a été créé en tant qu’organisation de contrôle policier ou d’espionnage, ce qui a été omis dans la loi de 1660”. Le DPS ajoute que “la Poste, en tant que simple service public chargé de transporter le courrier, et non en tant qu’organisation d’espionnage, date de 1660”. Cela semble être l’opinion générale, puisque le DPS propose alors d’émettre des timbres commémoratifs pour 1960.
Il existe un fort sentiment, tant au sein de la Poste qu’à l’extérieur, de marquer un anniversaire postal, en 1960. Par exemple, le président du comité exécutif de l’Exposition internationale de timbres de Londres de 1960, Ewart Gerrish, écrit le 11 octobre 1958 pour demander si la Poste peut émettre un timbre en 1960 afin de commémorer le tricentenaire de la nomination d’Henry Bishop comme premier Directeur général des Postes ; cette demande est rejetée, car la politique de la Poste n’est pas d’émettre des timbres pour commémorer des personnalités. »


Ce très net refus des autorités de la Poste d’« émettre un timbre en 1960 pour commémorer le tricentenaire de la nomination d’Henry Bishop au poste de premier directeur général des postes ; « car la politique de la Poste n’était pas d’émettre des timbres pour commémorer des personnalités » ne convainc pas cependant ceux pour qui une émission de timbres commémoratifs s’impose malgré tout :

        « Les discussions au sein de la Poste reprennent en 1959. M. O’Brien, du PRD, suggère une émission spéciale en 1960 pour célébrer “les 300 ans d’histoire ininterrompue de la Poste”, une idée qui est rejetée. Puis, le 21 mai 1959, un procès-verbal est transmis au directeur général adjoint, dans lequel le DPS présente les arguments pour et contre l’émission de timbres pour célébrer la création de la Poste par la loi de 1660.
La question est examinée lors d’une réunion de la Direction générale le 25 mai [1959], qui conclut que “le sentiment général est qu’il est tout à fait possible de justifier l’émission d’un ou plusieurs timbres pour commémorer le tricentenaire de la loi [de 1660] de Charles II”. Il est suggéré de solliciter des “opinions influentes” : le conservateur de la Collection de la reine et les rédacteurs en chef des magazines philatéliques sont mentionnés.


Les rédacteurs en chef des magazines Philatelic Magazine et Stamp Collecting sont contactés et donnent tous deux leur accord. Le 10 juin [1959], Sir Ronald German, directeur général adjoint (DDG), écrit à Sir John Wilson, conservateur de la collection philatélique de la reine, pour lui demander son avis.

        La lettre sollicite l’avis de Sir John sur la validité de 1960 comme date du tricentenaire, soulignant que la Poste a, en 1935, célébré le tricentenaire de la proclamation de Charles Ier en 1635, bien qu’aucun timbre n’ait été émis. Bien que Sir John déclare ne pas être un expert en histoire postale, il donne son avis à la Poste dans deux lettres datées des 17 et 19 juin. La Poste se sent désormais suffisamment confiante dans sa position pour prendre une décision et recommande, dans un procès-verbal daté du 30 octobre [1959], que les timbres soient émis ».


Après cela, la décision est prise que l’on procède à l’émission de deux timbres-poste « dans le courant de l’été » 1960, bien entendu sur le seul thème de la loi établie par Charles II en 1660 ! Ce qui revient à faire l’autocélébration de la monarchie britannique, en vertu du principe selon lequel en célébrant l’objet de la décision de Charles II, c’est son auteur le roi lui-même et l’institution qu’il incarne que l’on honore.
À ce point, il ne reste plus à la Poste qu’à passer au premier stade du projet de cette émission de deux timbres-poste, en « invitant » les sept artistes finalement choisis à travailler à leurs projets d’illustration en tenant compte des conditions suivantes, en particulier. Toujours selon Derrick Page :

        « La Poste a préparé des “Instructions aux artistes”. Il a été proposé d’émettre deux timbres, dont le thème principal serait la loi de 1660. Les artistes sont libres de choisir leurs idées, mais “ne doivent pas donner l’impression qu’il s’agit du tricentenaire de la Poste” [sic !]. Les dessins peuvent être picturaux ou symboliques, mais doivent inclure une représentation de la tête de la reine : si aucune photographie [de la reine] n’est utilisée, l’artiste peut indiquer approximativement l’emplacement de la tête. Les artistes sont libres de choisir un format horizontal (paysage) ou vertical (portrait). Les esquisses préliminaires ne sont pas acceptées : seules les œuvres d’art entièrement terminées et pouvant être reproduites immédiatement doivent être soumises. »

Tout semble devoir aller très vite à partir de maintenant. Les deux artistes élus après qu’ils aient présenté des « œuvres entièrement finalisées et prêtes à la reproduction immédiate » sont : Monsieur Reynolds Stone pour la figurine horizontale de couleur lilas, avec valeur faciale de 3 pence (fig. 9) ; et celle qui dans un premier temps a été désignée comme simple remplaçante : Mademoiselle Faith Jaques pour la figurine verticale de couleur verte, avec valeur faciale d’1 shilling et 3 pence (fig. 9.1). Des « invitations officielles [sont] également envoyées aux quatre principales imprimeries de timbres », l’élue est « Harrison & Sons Ltd, de High Wycombe, dans le Buckinghamshire ». Le procédé d’impression imposé est celui de la photogravure. Et concernant la couleur, chaque timbre doit être monochrome.
 


 9 et 9.1: les deux timbres émis le 7 juillet 1960 pour 
 le tricentenaire de la création du General Letter Office. 



Le 18 février 1960, à Mlle Faith Jaques, – qui, prenant au pied de la lettre les consignes officielles, semble avoir interprété un peu trop librement le thème de sa figurine verticale d’1 shilling et 3 pence en y insérant la « marque Bishop » –, le Comité consultatif des timbres recommande deux importantes modifications, à faire avant l’impression des essais en couleur. La seconde recommandation nous intéresse particulièrement :

        « [1ère recommandation] La couronne [de la reine] doit être corrigée, [suivie de la seconde double recommandation] la marque de Bishop doit être supprimée et l’espace doit être rempli “à la discrétion de l’artiste”. »


Si la nécessité de l’amélioration de la couronne de la Reine ne porte pas à conséquence pour ce qui concerne notre sujet, la seconde injonction du Comité consultatif des timbres signifie la disparition de toute allusion à l’existence d’Henry Bishop du fait même de l’effacement de son « invention » historique ! Un autre détail a aussi chagriné les très attentifs décideurs, puisqu’il a également fallu « accentuer légèrement la netteté du portrait de la Reine afin de le mettre davantage en valeur ». Cela aussi est corrigé conformément aux règles de l’art et des convenances tout court.

Mais alors, où se trouvait la « marque de Bishop » dans l’illustration de Mlle Faith Jaques, que l’artiste a été invitée à corriger, en deux temps : dans un premier temps pour la supprimer ; et dans un deuxième temps, pour combler le vide qui découlait de cette suppression, mais moyennant sa “libre inspiration”, puisque c’est « à sa discrétion » ? Nous sommes dans l’impossibilité d’avancer la moindre affirmation, étant donné que nous ne connaissons pas la version de l’image que Mlle Faith Jaques a dû corriger. Néanmoins, le bon sens aidant, nous formulons l’hypothèse que cette « marque de Bishop » devait se trouver dans la moitié inférieure de la figurine, tout juste à droite du cor postal (le symbole par excellence du système postal) dont il était le pendant naturel. Quant à l’espace vide laissé par la « marque de Bishop » une fois supprimée, il a été remplacée par la petite couronne royale qui apparaît un peu à l’étroit dans le dessin final du timbre (fig. 9.1a). Le souhait du Comité consultatif des timbres était ainsi pleinement satisfait ! Mais grâce à une solution peu satisfaisante à nos yeux, sur le plan symbolique : cela, même si cette petite couronne royale peut être rapportée indirectement à Charles II du fait de l’établissement de son Post Office Act en 1660. Dans la première version de son dessin, Mlle Faith Jaques avait, croyons-nous, très logiquement interprété à la lettre la notion de Tercentenary of Establishment of the General Letter Office (Tricentenaire de la création du Bureau général des lettres), en rapprochant symboliquement le cor postal et la marque Bishop, sans pour autant « donner l’impression que c’était le tricentenaire de la Poste ou des services postaux qui était commémoré » ! Cela d’autant plus qu’une parfaite correspondance était également réalisée entre, d’une part, le cachet à date Bishop du timbre vert vertical et, d’autre part, l’aérien postillon à cheval qui, dans le timbre horizontal de couleur lilas dessiné par Reynolds Stone, s’avance en annonçant à l’aide de son retentissant cor postal l’arrivée du courrier qu’il transporte (fig. 9a) et qui, au moment historique représenté sur le timbre-poste, est censé être affranchi conformément à la législation en cours établie, certes, sous le pouvoir de Charles II, mais notamment aussi sous l’autorité du Postmaster General Henry Bishop nommé par ce Roi !



 9.1a et 9a : deux détails de l’émission du 7 juillet 1960. 


Après avoir précisé qu’il était établi qu’à la mi-avril 1960 la reine Élisabeth II devait avoir approuvé les essais des dessins de Reynolds Stone (valeur lilas de 3 pence) et de Mlle Faith Jaques (valeur verte d’1 shilling et 3 pence), et aussi que la distribution aux bureaux des timbres imprimés devait être terminée le 5 juillet, Derrick Page du The Postal Museum britannique rappelle les raisons pour lesquelles la série composée de ces deux valeurs a finalement été émise le 7 juillet 1960 et non le 9 juillet, jour d’inauguration de l’Exposition philatélique internationale de Londres, comme cela avait été proposé dans un premier temps.


(A suivre…)   



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