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Catégorie : Histoire et Actualité Postales


LA COMMUNE DE « CAMPIONE D’ITALIA », ENCLAVE ITALIENNE EN TERRITOIRE SUISSE, EN 1944

Rédigé par Antoine Sidoti.


Émissions des 20 mai / 28 juin (écusson), et du 7 septembre (paysages).

Un moment unique d’histoire et de philatélie dans d’un pays neutre.

Un « coup d’état » pacifique, entre Comité de Libération Nationale et C.I.A.


jeudi 2 mai 2019

La commune de Campione d’Italia se trouve au sud-est de la Suisse, dans la fine avancée du territoire qui pénètre au centre de la région des lacs appartenant en majeure partie à l’Italie (Garda, Maggiore, Como, Lugano). Elle est légèrement sous le 46ème parallèle (fig. 1, et 2), sise sur la rive orientale du lac de Lugano, au sud-est de la ville de Lugano (fig. 3(, enclavée à flanc de montagne, à 273 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 28 kilomètres de la ville italienne Côme en Lombardie. Appartenant à la province de Côme, elle est donc une enclave italienne en territoire helvétique ; ce qui n’est pas sans nous rappeler que bien d’autres enclaves concernant divers pays existent en Europe, héritage de sa longue histoire tourmentée.

Fig.1: Carte de Suiise. Fig.1a: Campione d’Italia marquée par un point noir sur la carte Fig.2: le plan de l’enclave italienne sur les bords du lac Lugano. Fig.3: la situation de Campione d’Italia et Lugano, en Suisse.


Vers 1931-1932, Mussolini en avait décidé le développement touristique, et, dans la lancée, c’est sur la proposition du même Mussolini que le très pauvre village de pêcheurs appelé Campione était autorisé par Victor-Emmanuel III à s’appeler Campione d’Italia (18 décembre 1933). Comme toute agglomération du Royaume d’Italie, elle a naturellement aussi son Podestà (Maire) conforme à l’air du temps, issu des rangs fascistes. Elle comporte environ 800 habitants en janvier 1944, sur un territoire couvrant une superficie d’à peine 2,6 Km², et d’un périmètre de 7 km comprenant aussi le plan d’eau national italien d’en face (dont 0,9 km2 terrestre et 1,7 km2 lacustre).

Après la Proclamation de Badoglio du 8 septembre 1943, – confirmant, au nom du gouvernement italien, l’armistice de Cassibile signé avec les anglo-américains le 3 septembre –, Campione d’Italia entre dans une phase de dramatique incertitude. La neutralité suisse et la politique avisée de son gouvernement, – qui n’hésitera pas à occuper militairement des postes de combat le long du lac –, découragera au final toute tentative d’intervention fasciste en vue de bouleverser le statu quo de l’enclave par des actions de conquête ou de reconquête de la part de la RSI. Mais « la rumeur [selon laquelle] le plan [du très incommode Préfet de Côme, l’hiérarque Francesco Scassellati Sforzolini (1901-1967), en vue de] se réapproprier le territoire de Campione […] était bien fondée. [Et réel était aussi le] danger constitué par l’éventualité que des éléments hostiles au G.R.F. [Gouvernement Républicain Fasciste] s’emparent de l’administration du territoire (évidemment, les informateurs fascistes avaient déjà capté les intentions des locaux), en transformant ainsi la petite ville en un centre de propagande et d’organisation antifasciste et en un point de liaison avec les forces alliées anglo-américaines. [Ce à quoi il faut ajouter que] les témoignages recueillis ne cachent pas non plus le projet clairvoyant et idéalisé de faire de la petite ville de Campione une sorte de “Citadelle libre”, État microscopique dans lequel la souveraineté italienne serait suspendue momentanément, en devenant ainsi aussi un point de référence pour la masse de débandés (on en supposait alors soixante-cinq mille) qui avaient quitté l’Italie avec des motivations diverses »¹. C’est dans ce climat qu’intervient ce qui passera à l’histoire comme le petit et pacifique coup d’État, effectué par un groupe de Campionesi, avec à leur tête l’ancien Capitaine Felice De Baggis, et Pietro Baraggia, le jeune curé du pays (entre 1941 et 1948). La nuit du 27 au 28 janvier 1944, ils renversent le Podestà, – absent depuis des mois et qui ne donnait plus signe de vie –, s’emparent de l’administration et proclament l’adhésion de Campione d’Italia au gouvernement du Royaume du Sud de Badoglio, avec cette Proclamation, qui fut dûment affichée et aussi distribuée sous forme de tract :

« Campionesi !

Depuis quatre mois, Campione est abandonnée par tout le monde.

Malgré les promesses maintes fois répétées, les provisions en provenance d’Italie ne sont jamais arrivées. La nourriture, qui depuis le premier janvier de cette année est fournie par la Suisse, a dû être payée et doit continuer de l’être en francs. La situation économique s’est aggravée de jour en jour, jusqu’à devenir insoutenable et la vie est devenue plus difficile pour de nombreuses familles qui sont dans le besoin.

Il fallait donc prendre des mesures urgentes et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de changer radicalement notre situation.

À partir d’aujourd’hui, 28 janvier 1944, Campione d’Italia sera sous le contrôle de la Légation Royale d’Italie à Berne.

Un Commissaire Spécial nommé par la Légation Royale présidera la direction de la municipalité.

Les Carabiniers du Royaume et d’éventuels éléments de police dépendant de la Légation pourvoient à la sécurité de la Commune.

Dès le premier février, on pourvoira aux besoins de vie les plus urgents des nécessiteux.

Nous demandons la réelle collaboration de tous les Campionesi, pour que ce pan de terre d’Italie reste digne de son passé et de la nécessité du moment.

Campionesi ! ordre et discipline. Seulement à cette condition nous sortirons avec honneur et dignité de cette triste situation.

Campione, le 28/1/1944 »
.


En rendant compte de l’événement, le rédacteur de la Gazzetta Ticinese en mesurera la portée notamment en ces termes :

« Quelqu’un a cru bon de pouvoir parler de “coup d’État”, en habillant de comique la petite tragédie. Bien que catégorique et significatif, le geste du 28 janvier ne trahissait ni intrigue ni complots, ni aspirations qui puissent donner matière à roman ». C’est ainsi qu’en un laps de temps record, d’après le récit détaillé du rédacteur du Corriere del Ticino du 29 janvier 1944 :


« Le retour à la normalité est intervenu sans obstacles et il a été immédiat, si immédiat que la majeure partie des habitants, qui était allée se coucher sous le signe républicain fasciste, s’est réveillé sous celui du gouvernement de S.M. le roi d’Italie. À vrai dire, à Campione, très peu de gens avaient pensé adhérer au nouveau gouvernement républicain. […]

Les opinions politiques ne comptent pas, parce qu’à Campione on ne veut pas faire de politique. Une fois la guerre terminée, ont signifié en substance les Campionesi, chacun pensera ce qu’il voudra.


Et surtout, voilà ce que veulent les Campionesi : ne pas causer des ennuis à la Suisse, maintenir avec nous des rapports de cordiale amitié, mais ils veulent aussi, et cela la concerne de très près, un air nouveau dans l’Administration de la Commune et la suppression de l’appareil qui leur a été imposé. Un pays d’environ 800 habitants n’a pas besoin d’être contrôlé par un Podestà, un Commissaire préfectoral, huit ou dix employés
».

Entre le 8 septembre et le jour du dénommé coup d’État :

« [Campione d’Italia était devenue] “ouvertement” une base solide pour les formations partisanes qui agissaient dans les provinces de Côme et de Varèse ; des liaisons et des provisions passaient à travers l’enclave, qui servait souvent comme voie de fuite en territoire sûr »².

Quant à la tentative de la RSI de reconquérir Campione d’Italia par un coup de main, après la surprise constituée par l’adhésion de l’enclave au Royaume du Sud, elle n’a pas eu lieu, ni d’ailleurs n’exista jamais un vrai projet en ce sens. Ni enfin ne prit forme l’idée des Allemands d’occuper Campione d’Italia le 30 janvier 1944. Après le dénommé coup d’État, Plinio Bezzola est nommé Commissaire du Royaume par le Ministre d’Italie à Berne, Massimo Magistrati.


1 : Luciana Mella & Claudio Critelli, Il contributo dei Campionesi alla lotta di Liberazione, Museo della Resistenza comasca, Tipografia Arca di Como, 1993.

2 : Luciana Mella & Claudio Critelli, op. cit.



C’est Plinio Bezzola qui, « par une brillante opération, réussit à remplir la très maigre caisse communale moyennant l’émission de séries de timbres-poste, valables pour le seul service postal avec Campione et avec la Confédération Helvétique et au tarif suisse interne. Une anomalie, qui suscita l’intérêt des philatélistes de Bâle, lesquels, en entrevoyant l’exceptionnalité de l’événement, achetèrent en francs suisses une quantité considérable des “curieux” timbres-poste, devenus désormais une rareté philatélique »³.


3 : Ibid


Fig.4: ci-dessous, les 5 timbres de la première émission du 20 mai 1944. Ils sont dentelés 11,5. Fig.4: ci-dessous, les 5 timbres de la première émission du 20 mai 1944. Ils sont dentelés 11,5. Fig.4: ci-dessous, les 5 timbres de la première émission du 20 mai 1944. Ils sont dentelés 11,5. Fig.4: Les cinq timbres de la première émission du 20 mai 1944. Ils sont dentelés 11,5.


Dans la réalité, apprendra-t-on plus tard, « derrière [ces] timbres-poste se cachait l’espionnage. C’est tout bonnement l’ancien directeur de la CIA, Allen Dulles [frère du futur Secrétaire d’État américain et destiné, à son tour, à devenir chef de la CIA], qui, à l’époque des faits était le chef de l’espionnage américain à Berne qui l’a révélé dans l’ouvrage The Secret Surrender, publié en 1966 par Harper & Row de New York. Ce fut Dulles qui encouragea les habitants de Campione à maîtriser les six carabiniers de Mussolini qui constituaient la garnison locale et à déclarer leur fidélité au Royaume.

Cette décision assura aux Américains un territoire pour l’entraînement à la guérilla et pour d’autres activités qui n’auraient pas pu être faites dans la neutre Suisse. […]


Le produit de la vente de ces timbres-poste servit à couvrir le déficit du bilan communal et, fait non moins important, à donner du travail aux habitants, sollicités pour réaliser des enveloppes souvenir
».


4 : Gabriele Fabris, in Cronaca Filatelica, “Sul podio di Campione, prima, seconda e (quasi) terza…”, novembre 1994.


Cela étant, cinq timbres dentelés 11½, imprimés à Zurich par Orell Füssli, sont émis le 20 mai 1944, avec les valeurs faciales suivantes exprimées en francs : Fr. 0.05, Fr. 0.10, Fr. 0.20, Fr. 0.30, et Fr. 1 (fig.4). Ils sont valables seulement pour l’affranchissement de la correspondance destinée en Suisse ou dans l’enclave même ; et, si des timbres de Campione d’Italia sont apposés sur du courrier posté en Suisse, ils n’auront aucune valeur d’affranchissement. Concernant la correspondance à destination de l’étranger, Italie comprise, elle doit être affranchie avec des timbres suisses, qui ne peuvent cependant pas être oblitérés par le bureau de poste de Campione d’Italia : ce courrier est d’abord envoyé à Lugano, où il est procédé à son oblitération d’usage et à l’envoi pour sa destination finale.

Deux légendes apparaissent sur les figurines : « R.R. POSTE ITALIANE », dans l’encadré supérieur (où les deux R.R. sont mises pour Royales, au pluriel) ; et, en plus petits caractères, « COMUNE DI CAMPIONE », placé entre le blason et l’indication de la valeur faciale.

En plus de ces deux légendes, une image centrale unique illustre les cinq figurines. Il s’agit d’un écusson tripartite, monocolore, où figurent trois éléments :

– Le pastoral, sur le tiers inférieur gauche, symbole de dignité épiscopale ; et le fouet brandi par une main, sur le tiers inférieur droit, en souvenir de l’expulsion des Ariens du Temple par saint Ambroise, le pastoral et le fouet symbolisant la domination millénaire de l’Église sur Campione : où les Abbés de saint Ambroise étaient ses seigneurs, qui eux-mêmes dépendaient du diocèse de Milan.

– L’escargot, sur toute la longueur du tiers supérieur, surnom que l’on donnait aux artistes / artisans de Campione qui, – conformément au dicton omnia mea mecum porto (j’emmène mes choses avec moi) –, avaient l’habitude d’abandonner l’enclave en emmenant leur famille et leurs meubles avec eux ; encore que, selon le dénommé rédacteur de Cronaca Filatelica de novembre 1994 cité :

« Il faut préciser que cette interprétation concernant l’escargot de l’écusson est assez récente. À celui qui, en 1945, demandait des explications sur ce sujet, le Commissaire du Royaume, Plinio Bezzola, n’avait aucune difficulté à admettre que “en revanche, on est en mesure d’affirmer pour ce qui concerne l’escargot, qu’il se trouvait dans l’écusson de Campione déjà depuis longtemps ” ».

Notons, que, dans l’émission postale, les trois images du tripartite de l’écusson sont toutes tournées à gauche de l’observateur (fig. 5). La précision s’impose, car, force est de constater que cette orientation à gauche ne correspond pas tout à fait à l’orientation des mêmes sur l’écusson de la Mairie de Campione d’Italia (fig. 6).

Fig.5 et 6, montrant l’orientation des images sur le timbre et sur l’écusson de la Mairie de Campione.



Plus précisément : seule l’orientation de l’image de la main brandissant le fouet est la même dans l’émission postale comme dans l’écusson communal ; en revanche, l’escargot et le pastoral sont orientés vers la gauche dans l’émission postale et vers la droite dans l’écusson communal.

Nous ne sommes pas en mesure d’affirmer si cette inversion est l’expression d’une décision prise en toute connaissance de cause et pour quelle raison, ou si elle est le résultat d’une donnée technique mal maîtrisée par l’imprimeur : la littérature philatélique en notre possession n’en fait pas état.

Sous l’écusson, l’inscription du ruban flottant dit, en italien sur les timbres-poste : « COMUNE DI CAMPIONE ». Ce qui est la traduction de l’expression latine « COMMUNITAS CAMPILIONI », autrement dit, Communauté de Campilione (sic !), telle qu’elle est inscrite sur le même écusson communal (fig. 6), cela conformément à la dénomination ancienne du château qui avait été construit jadis in situ par les Romains :

« Les Romains, à l’aube de l’Empire s’étaient préoccupés de défendre les confins de l’Italie contre les Rétis qui cherchaient dans le Sud un climat plus doux et des territoires plus fertiles. Dans ce but ils avaient établi sur le territoire de Campione – protégé de trois côtés par la montagne et de l’autre par les eaux du lac – un château qu’on appela Campilio ou bien Campilionum, qui, d’après l’étymologie, viendrait de “Campi Liei” c’est à dire les champs de Bacchus ».

Dans les coins supérieurs droit et gauche de l’espace central de l’illustration, deux petits écussons identiques accompagnent l’écusson communal. Une croix blanche y est inscrite, comportant une branche verticale légèrement plus longue que la branche horizontale : plus vraisemblablement, allusion à l’écusson de la Maison de Savoie ? Ou, moins vraisemblablement, allusion à l’écusson de la Suisse, dont les branches de la croix des armoiries sont en revanche égales entre elles ?


5 : Giovanni Cenzato, Campione d’Italia dans l’Histoire et dans l’Art, Litotipografia G. Malinverno, Como, s.d. (1995).

Fig.7: lettre recommandée exprès du 22 mai 1944 avec les cinq timbres de la première émission.


Le succès remporté par ces “curieux” timbres-poste, la pénurie de certaines valeurs, l’action classique de spéculateurs, des philatélistes de Bâle cette fois-ci, amena l’administration à réimprimer la totalité des mêmes figurines, qui sont mises en circulation le 28 juin 1944 (fig. 8). Enfin, les mêmes, mais pas tout à fait identiques, vu que, malgré tout le soin apporté, de nombreuses variétés s’y manifesteront : à commencer par la dentelure, qui est de 11 au lieu 11½ pour l’émission précédente. De plus, les dents du premier tirage sont beaucoup plus pointues que celles du second. D’autres différences concernent : les caractères, les couleurs et finalement aussi l’aspect général, qui est malgré tout moins soigné que pour le premier tirage.

Tout était ainsi réuni pour que la rareté philatélique des spéculateurs et des philatélistes de Bâle devienne une réalité. Sur le marché philatélique, cela est traduit par le prix, qui est de 2.000 euros pour une série neuve du premier tirage, et de, pour ainsi dire, seulement 175 euros pour une série neuve du second tirage.

Fig.8: deuxième émission de Campione du 28 juin 1944, dentelée 11.



Enfin, les mêmes, mais pas tout à fait identiques, vu que, malgré tout le soin apporté, de nombreuses variétés s’y manifesteront : à commencer par la dentelure, qui est de 11 au lieu 111/2 pour l’émission précédente. De plus, les dents du premier tirage sont beaucoup plus pointues que celles du second. D’autres différences concernent : les caractères, les couleurs et finalement aussi l’aspect général, qui est malgré tout moins soigné que pour le premier tirage.

Tout était ainsi réuni pour que la rareté philatélique des spéculateurs et des philatélistes de Bâle devienne une réalité. Sur le marché philatélique, cela est traduit par le prix, qui est de 2.000 euros pour une série neuve du premier tirage, et de, pour ainsi dire, seulement 175 euros pour une série neuve du second tirage.

Fig.9: lettre recommandée du 17 août 1944 avec les cinq timbres de la deuxième émission.



Trois mois ne se sont pas écoulés depuis que les timbres réimprimés de la première série ont été mis en circulation, quand, le 7 septembre 1944, est émise une nouvelle série, qui sera aussi la dernière de l’enclave (fig.10). Les sept valeurs suivantes, – imprimées par Courvoisier S.A., de La Chaux-de-Fonds –, la composent, toujours exprimées en francs, comme ceci : Fr. 0.05, Fr. 0.10, Fr. 0.20, Fr. 0.30, Fr. 0.40, Fr. 0.60, 1 Fr. Le catalogue Yvert & Tellier la présente sans en préciser le thème dans son intitulé. En nous inspirant des catalogues italiens et des sujets présentés, nous l’appellerons : « Série paysages et monuments des maîtres campionesi ».


Fig.10 : les sept valeurs de la troisième émission de Campione du 7 septembre 1944.



Les illustrations centrales sont nouvelles et toutes différentes, certaines données présentes dans les émissions précédentes réapparaissent, à savoir, en plus de la valeur faciale en francs suisses :

– L’inscription : « R.R. POSTE ITALIANE », qui est à nouveau placée dans le cartouche supérieur de la figurine.

– L’inscription, en plus petits caractères « COMUNE DI CAMPIONE », qui est cette fois-ci placée dans le cartouche inférieur de la figurine.

– Différemment placé sur les figurines (en position haute ou basse du cartouche latéral gauche), un seul écusson dans lequel est inscrite une croix blanche comportant une branche verticale nettement plus longue que la branche horizontale. (fig.11)

– Également différemment placé sur les figurines (en position basse, dans les cartouches de gauche ou de droite), l’écusson tripartite de Campione dans lequel se trouve l’escargot, le pastoral et le fouet. Cela dans une version qui est partiellement différente de celle de l’écusson communal de l’enclave et aussi partiellement différent de la version de l’écusson des deux émissions philatéliques précédentes. En effet, tourné vers la droite, le pastoral retrouve ici la place qu’il a dans l’écusson municipal de l’enclave, alors même que l’escargot reste orienté vers la gauche, comme dans les émissions philatéliques précédentes.(fig.11)



Fig.11: les différentes présentations des écussons.



Comme pour l’illustration unique de l’émission du 20 mai et sa réimpression du 28 juin, nous ne sommes pas en mesure d’affirmer à quoi sont dues tant de différences dans un écusson qui est censé exprimer l’identité de l’enclave, surtout s’agissant de timbres-poste dont tout le monde sait qu’ils sont une des expressions de la valeur fiduciaire du pays émetteur.

Les illustrations centrales, « certaines desquelles sont issues de photographies prises, – par Rudolf Freter, avec l’avis d’une certaine mademoiselle Stoppani –, sur la demande expresse du Consul de Zürich » sont les suivantes :

– Fr. 0.05 : Vue (nord-sud) de l’enclave, lac de Lugano, et pont-digue de Mélide. Dans une de nos illustrations, ce denier sépare la partie nord du lac de la partie sud, matérialisé par la route qui court vers le sud en direction de Mendrisio, Chiasso Côme et Milan (voir carte fig. 3) ; non matérialisée dans notre illustration, une fois le pont-digue traversé, la route mène notamment à Lugano.

– Fr. 0.10 : Sanctuaire de la Madonna dei Ghirli, vu depuis le lac. Bâti à environ 500 mètres du bourg, sa construction remonte au IXe siècle. C’est le monument le plus connu et artistiquement le plus important de Campione. Il est appelé « dei Ghirli », parce que ce mot en dialecte lombard (langue locale de l’enclave) signifie hirondelles ; c’est un rappel à l’habitude des habitants, qui, – à l’instar des hirondelles qui retournent périodiquement à leur nid d’origine –, reviennent périodiquement au pays après s’en être éloignés pour raisons de travail.

Précisons, en passant, qu’une image nettement plus suggestive et réaliste de cette même église figurera sur la première des quatre valeurs d’une série dite touristique, émise en Italie le 19 mai 1984, sans autre précision que le libellé Campione d’Italia (fig. 12).


Fig.12: le timbre émis le 19 mai 1984.



– Fr. 0.20 : Église de San Zenone (Saint patron de Campione) et le bord du lac (vue nord-sud). Documentée depuis 756, elle fut fondée par la famille du lombard Totone (v. 750 - après 807), un riche propriétaire et commerçant, qui, dans un document de 777, établit qu’après sa mort sa maison fût transformée en hospice et qu’avec tous ses biens elle devînt une propriété de l’archevêque de Milan.

– Fr. 0.30 : Vue rapprochée (sud-nord) du centre du bourg de Campione, et lac de Lugano.

– Fr. 0.40 : Cathédrale de Modène (Italie). À la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle, les maestri campionesi (maîtres campionesi) ont participé à la construction de la Porta Regia ainsi que de la rosace de la façade (visibles sur le timbre), des portails latéraux, et, à l’intérieur, du grand jubé érigé à l’occasion de la consécration de la cathédrale par le pape Lucius III en 1184 : c’est le témoignage le plus complet du travail des sculpteurs de Campione.

– Fr. 0.60 : Adoration des Rois Mages, d’après le bas-relief du tombeau di Cansignorio (1340-1375), seigneur de Vérone (Italie) de 1359 à 1375, œuvre de Bonino da Campione, le plus grand sculpteur de Campione de son temps (IVe siècle).

– 1 Fr : Basilique de S. Maria Maggiore (Bergame, Italie). À gauche, est représenté l’objet principal de l’illustration philatélique, directement lié à l’histoire de Campione : le porche latéral nord, dit des “Lions roses”, surmonté par un prothyron de Giovanni da Campione, daté de 1353, soutenu par des colonnes à la base desquelles se trouvent deux lions stylophores en marbre de Vérone. Accolée, à droite, se trouve la Chapelle Colleoni, qui fut édifiée comme mausolée pour le célèbre condottiere Bartolomeo Colleoni et sa fille Medea.

Fig.13: lettre du 8 septembre 1944 avec la 3ème émission complète. Le timbre à date représente le sanctuaire de la Madonna dei Ghirli.




Le 2 septembre 1944, les cylindres utilisés pour la production de ces sept timbres-poste furent plombés, avant d’être détruits le 12 février 1945 en présence d’un fonctionnaire des Postes helvétiques.

Et les émissions philatéliques de Campione d’Italia en restèrent là.

La validité postale des timbres émis restera en vigueur jusqu’au 1er juin 1952.

Depuis, la correspondance doit être affranchie avec des timbres italiens ou suisses, en fonction de sa destination.



Fig.14 affranchissement mixte Campione-Suisse du 24/25 septembre 1944. Fig.15: lettre recommandée de Campione du 22 novembre 1944. Fig.16: lettre du 25 novembre 1944.


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