Pendant tout le XIXème siècle, et singulièrement dans sa deuxième moitié, nombreux sont les pays ayant tenté d’approcher le pôle Nord en recherchant des passages par voies maritimes le long des côtes canadiennes, groenlandaises ou scandinaves jusqu’à la Russie.
Parmi ces pays, l’Allemagne est particulièrement active. En 1869, elle lance sa deuxième expédition polaire avec le navire Hansa. A bord de ce navire se trouve un jeune marin de 26 ans déjà chevronné, Wilhelm Bade, deuxième officier du navire. Cette expédition va tourner au désastre, mais Bade et quelques marins vont retrouver la terre au Groenland après plus de 200 jours d’errance.
De 1870 à 1890
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Entre 1870 et 1890 Bade essaie de convaincre des investisseurs à travers des programmes de conférences « sur les buts et objectifs des expéditions du pôle Nord » et « sur le Groenland ». En 1875, Bade devient membre correspondant de la Société géographique de Brême qui a rendu des services exceptionnels à la recherche polaire grâce au soutien financier de l'expédition austro-hongroise au pôle de 1872 à 1874. A partir des années 1880, il vit avec sa famille à Wismar, où il possède un magasin de poissons.
Dans ses conférences, Bade suscite l'intérêt de son auditoire par sa connaissance de la nature extrême de l'Arctique et par ses encouragements à une plus grande utilisation des ressources économiques des régions polaires.
L’expédition du Spitzberg de 1891
En 1891, Bade convainc certains investisseurs de Stuttgart d'équiper une expédition vers Bareninsel (l’Ile aux Ours) et au Spitzberg, pour explorer la valeur minière des mines de charbon et les possibilités de chasse à la baleine et de pêche dans les eaux environnantes. Grâce à la médiation de Wilhelm Hauchecornes, directeur de l'Institut d'État géologique de Berlin, l'ingénieur minier de Bochum Leo Cremer (1866-1901) se montre intéressé pour l'exécution des travaux géologiques.
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À la tête de l'expédition du Spitzberg, Bade affrète le bateau à vapeur Amely de la société Hochseefischerei-Gesellschaft Droste, Gehrels. Le navire est placé en juillet 1891, sous le commandement du capitaine Mahlstede, qui a une riche expérience polaire. À bord se trouvent le zoologiste Max von zeppelin, l'officier et explorateur Karl von Urach (1865-1925), le chimiste Richard Baur (1833-1910) et le médecin du navire le Docteur Faber.
L’ile aux Ours se situe au sud ouest, en dehors de cette carte. |
L’exploration débute sur l’île aux Ours située au sud-ouest du Spitzberg où l’on examine les veines de charbon déjà connues. Le navire Amely longe ensuite la côte ouest du Spitzberg jusqu’à la Baie de la Madeleine à près de 80° de latitude nord. Sur les rives des fjords menant profondément dans les terres, Cremer trouve à plusieurs reprises des gisements de charbon accessibles par la navigation. Les autres passagers passent souvent leur temps à chasser. Tous sont impressionnés par la nature et les paysages de l'Arctique.
Bade utilise les évaluations vaguement optimistes de Cremer pour promouvoir l'utilisation économique du Spitzberg à l'automne et à l'hiver 1891 avec des conférences dans plusieurs villes ouest-allemandes. En particulier, il imagine une station allemande sur l'île aux Ours, où les baleines et les poissons capturés dans les eaux environnantes pourraient être traités plus avant avec l'aide du charbon local. Il envisage également l’exportation de charbon vers la Norvège et le nord de la Russie.
Bade réussit à attirer des investisseurs puissants parmi les grands entrepreneurs de Rhénanie dans son projet. Au printemps 1892, la Nordic Deep-Sea Fishing Company, est fondée à Manheim. Les statuts mentionnent comme objectifs le tourisme polaire, en plus de la pêche hauturière, de la chasse à la baleine et de l'exploitation minière. Wilhelm Bade et Hugo Stinnes font partie du Conseil d’administration. Les autres investisseurs viennent de l'industrie minière de Rhénanie.
La Compagnie commande un baleinier moderne à Christiana (future Oslo), le navire à vapeur Glokauf, qui part pour son premier voyage dès juillet 1893 et tue 17 baleines en un mois.
1893, première croisière de loisir.
Dans le même temps, Bade organise du 1er au 25 août, une première croisière de loisir sur le steamer Admiral, affrété par la Compagnie allemande d'Afrique de l'Est, avec 70 passagers. Le navire part de Tromsö et se dirige vers l’ile aux Ours et le Spitzberg. Il franchit le 16 août à l'ouest du Spitzberg le 80e parallèle, navigue jusqu’au glace dérivantes et fait demi-tour pour rentrer en Allemagne via Hammerfest et Tromsö.
La croisière est un succès. Cependant, la Nordic Deep-Sea Fishing Company se dissout contre l’avis de Bade dès février 1894. L'exploitation minière du Spitzberg et de l'île des Ours est jugée trop risquée par les investisseurs et les rendements de la chasse à la baleine et de la pêche trop faibles.
Les croisières polaires.
Au début des années 1890, il y a en Allemagne un fort intérêt pour les Terres du Nord (Nordland), en raison des vacances d’été passées par l'empereur allemand Guillaume II en Norvège, à terre et sur son yacht, à partir de 1889.
Wilhelm Bade qui connaît l’intérêt de ce marché, organise à partir de 1894, des croisières touristiques et polaires pour son propre compte pour un public bourgeois et noble. Le coût en est de 800 à 1800 marks (cela correspond à 6 000 à 14 000 euros aujourd'hui) pour un voyage de trois semaines le long de la côte norvégienne jusqu'au Spitzberg. Les clients sont reçus en bateau dans des cabines confortables, bien que petites, dans une nature à couper le souffle. La nourriture à bord est décrite comme riche et variée. Il y a du vin allemand et de la bière allemande. Les invités de Bade apprécient l'atmosphère familiale à bord et plébiscitent le fait que les navires affrétés par Bade, relativement petits, peuvent s'enfoncer profondément dans les fjords, là où les plus grands navires d'autres fournisseurs ne peuvent accéder, parce qu’ils sont soumis à des contraintes plus restrictives en raison de leur longueur et de leur tirant d’eau.
Bade, ne remplit pas le rôle de du capitaine dans aucune de ses croisières, mais a plutôt celui de guide touristique, et offre à ses invités des rencontres particulières avec des explorateurs polaires locaux tels que Salomon August Andrée, Gerard De Geer ou le duc des Abruzzes.
Pour les croisières de 1894 et 1895, Bade affrète le navire Stettin, avec 18 participants, équipage compris, en 1894 et 35 en 1895.
En 1894 et 1895, il n’y avait pas de bureau de poste au Spitzberg Par conséquent, le courrier était souvent remis à d'autres navires qui commençaient leur voyage de retour et déposé au bureau du premier port d'escale en Norvège. Il s'agissait principalement des bureaux de poste de Tromsö ou Hammerfest. De tels courriers ne peuvent être identifiés qu'à partir de l'expéditeur et des références au navire ou à l'expédition.
En 1896, sur le navire Erling Jarl, il met à disposition des 24 passagers des cartes postales illustrées qu’il a fait éditer en Allemagne. Il embarque également six cachets de deux types qui seront utilisés pendant les douze années suivantes, jusqu’à 1908, à l’exception des années 1900 et 1901 pour lesquelles il n’organise pas de croisière au Spitzberg.
En 1897, la croisière est organisée sur le navire Kong Harald (visible sur la carte postale) avec 32 passagers. Bade a fait imprimer en Allemagne deux vignettes : La première vignette représente le skieur. Elle est sans valeur faciale et a été tirée à 1000 exemplaires, probablement en feuilles de 100. La vignette est lithographiée en trois couleurs. Elle ne comporte pas la mention « Spitzbergen », mais a été utilisée exclusivement lors des croisières organisées au Spitzberg par le Capitaine Bade. |
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![]() ![]() Carte de la croisière de 1897 avec vignette « skieur » postée à Hammerfest le 21 août. |
![]() La deuxième vignette représente le morse. Elle a une valeur faciale à 10 pfennings. Le tirage de 1897 est de 1000 exemplaires. La vignette est lithographiée mais monochrome. On la trouve sur les courriers jusqu’en 1902. Un deuxième tirage est réalisé en 1898 avec une plaque et sur un papier légèrement différents. |
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avec vignette « morse » ainsi que les deux timbres locaux n’ayant plus cours postal. TAD « Advent Bay » du 12 août 1898. - A suivre... |