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Catégorie : TAAF et Polaire


MÉMOIRES DES TERRES AUSTRALES ET ANTARTIQUES FRANÇAISES (3ÈME PARTIE)

Rédigé par Jean Louis Bizet.

Les animaux autochtones à KERGUELEN.
Chapitre 1 : Les mammifères marins


vendredi 12 mai 2017

Préambule.

L’archipel des Kerguelen se situe à la convergence antarctique, là où les eaux froides remontent de l'Antarctique et se mélangent aux eaux plus chaudes de l'océan Indien (voire des océans Atlantique et Pacifique), là où le climat est relativement clément : il descend rarement en dessous de 2 degrés, et dépasse peu souvent 10 degrés. De plus, le plateau continental qui entoure cet archipel offre les rares zones peu profondes de l’océan où la vie marine peut se développer intensément, ce qui explique la richesse des communautés de Kerguelen (et également de Crozet) au milieu de cet océan en général assez pauvre en termes de diversité spécifique.

Pour ces deux raisons, l’archipel est donc baigné par des eaux très riches en nourriture et a permis à de nombreuses espèces animales de s’adapter au cours de plusieurs millions d'années d'évolution dans cet environnement de l’océan austral totalement isolé de tout continent.

Cette grande diversité biologique a valu à l’archipel des Kerguelen d’être classé en 2006, comme l’ensemble des Terres Australes et Antarctiques Françaises, en réserve naturelle nationale.

Ces mammifères ont fait l’objet d’émissions philatéliques importantes de la part de l’Administration des Terres Australes et Antarctiques Françaises. Ce sont principalement les suivants :

   1. - L’éléphant de mer
   2. - L’otarie de Kerguelen
   3. - Le léopard de mer
   4. - Le dauphin de Commerson


I – L’éléphant de mer.

L’éléphant de mer est l’un des premiers animaux qu’on aperçoit en arrivant à Port-Aux-Français puisqu’à proximité de la base plusieurs groupes de femelle serrées, voire entassées les unes contre les autres dans des souilles (cuvettes boueuses creusées dans le sol), sont en période de mue. Celle-ci commence au mois de janvier.

Comme tous les animaux des Kerguelen, les éléphants de mer sont peu craintifs. En effet, la plupart des animaux ne voient et ne verront jamais d’hommes (sauf ceux qui sont aux alentours de la base de Port-Aux-Français dans un rayon de 20 à 30 kms, et encore !!!). Ce ne sont guère plus de 60 à 100 hivernants qui depuis 60 ans ont parcouru en long, en large et en travers l’équivalent de la Corse à pied dans un paysage où il n’y a ni infrastructures, ni moyens motorisés…

L’éléphant de mer, après avoir été chassé dans le passé comme les baleines pour son l’huile obtenue en faisant fondre sa couche de graisse épaisse, est un animal protégé. Il est le plus grand représentant des phoques au monde.

L’éléphant de mer (mirounga leonina) a donné lieu à plusieurs émissions de timbres de la part des TAAF. Le plus représentatif est le feuillet des N° 19 qui reflète bien un harem.

Harem d'éléphant de mer avec mâle et femelle adultes et nouveau-né (Feuillet Y&T 19).


I – 1. Aspect physique.

Le plus étonnant chez l’éléphant de mer, c’est la grande différence physique (dimorphisme) entre les mâles et les femelles:

   Le mâle adulte, dont la taille et le poids moyens sont respectivement de 4m et de 2 tonnes, peut atteindre 6 mètres de long pour un poids de plus de 3 tonnes. Il a des narines en forme de trompe (d’où son nom). Lorsqu’il la gonfle et qu’il éructe, elle fait caisse de résonance pour affirmer son autorité vis-à-vis des autres mâles.

   La femelle, quant à elle, est beaucoup plus petite (2,7 mètres de longueur pour un poids de 500 kg en moyenne).


Photo d'un éléphant de mer mâle et timbre Y&T PA55 avec mâle, femelle et petit.


Les yeux, aussi bien pour les mâles que pour les femelles, sont grands, tout ronds et noirs.

Les éléphants de mer possèdent sous leur peau une épaisse couche de graisse qui les isole du froid dans l'eau et qui constitue aussi une réserve énergétique lors de leurs traversées océaniques ou pendant leurs périodes de jeûne à terre.


I – 2. Mode de vie.

L’éléphant de mer passe la majeure partie de sa vie en mer ou il se déplace aisément dans l’eau en se propulsant avec sa nageoire caudale terminée par deux extrémités en forme de palme. Il ne revient à terre qu’à deux époques : l’une pour la mise-bas et la reproduction durant le printemps austral (Septembre-octobre) et l’autre pour la mue durant l’été austral (Janvier-février), cette mue n’affectant que les femelles et les jeunes mâles. On voit alors se former des colonies sur les plages de sable ou de galets le long des côtes de Kerguelen.


Eléphant de mer mâle sortant de l’eau (TP Y&T 6).


Ces plages sont très facilement accessibles car l’éléphant de mer ne peut parcourir que de très faibles distances à terre. Lui, si à l’aise dans l’eau, est pataud à terre où il utilise ses nageoires pectorales pour se soulever et projeter l’ensemble de son corps lui permettant ainsi de se mouvoir en rampant.

I – 3. La mise bas et l’allaitement.

Les femelles arrivent et se regroupent sur les plages de Kerguelen de la mi-septembre à la mi-novembre, ceci de façon échelonnée en fonction de leur âge (d’abord les plus jeunes, puis ensuite les plus âgées).

Chaque femelle donne naissance à un seul petit. La naissance est très rapide car dès que la tête du petit pointe, la femelle élève sa nageoire caudale terminée par 2 petites nageoires en éventail, ce mouvement éjectant le petit hors de son ventre. Elle allaite ensuite celui-ci pendant environ 3 semaines. Le petit pèse ainsi de 30 kg à la naissance à 120-130 kg au moment du sevrage. La phase de lactation est très coûteuse en énergie. On estime en effet que la mère perd jusqu’à un tiers de sa masse corporelle pendant cette période d’allaitement.

Avant le sevrage, les petits restent dans les harems, où leurs mères les nourrissent et les protègent des autres femelles. Dès qu’une femelle reproductrice retourne en mer, son petit est chassé du harem par les autres femelles. Les jeunes qui sont sevrés doivent donc se débrouiller seuls. Ils se regroupent en attendant de perdre leur pelage de naissance, puis se mettent timidement à l'eau en commençant généralement leur apprentissage en eau douce dans les rivières ou dans des mares à l’arrière des plages.


Femelle allaitant son petit et jeunes sevrés.


I – 4. La période d’accouplement.

Sur les mêmes plages, dès la courte période d’allaitement terminée, commence la période d’accouplement, donc de fécondation des femelles.

Les mâles, arrivés eux aussi en septembre, forment leurs harems après d’héroïques combats contre d’autres mâles qui leur laissent quelquefois de sérieuses blessures lorsque l’adversaire est de force égale.

Seul le mâle dominant, appelé « pacha », qui a pu constituer un harem comprenant plusieurs dizaines de femelles, tout au plus une centaine, pourra s’accoupler avec les femelles.


Combat entre mâmes (TP Y&T 13) et accouplement.


A la fin de la période de reproduction, le « pacha » mâle est épuisé car il n’a pu à aucun moment s’alimenter de peur de perdre son privilège sexuel. En effet, des mâles plus ou moins jeunes rodent autour du harem en tentant leur chance auprès des femelles les plus excentrées. Bien qu'ils soient théoriquement mâtures dès l'âge de 4 ou 5 ans, les mâles peuvent en fait rarement s'accoupler avant 9 ou 10 ans.

Pendant ces périodes de mise bas, d’allaitement et d’accouplement (qui durent au total 2 mois), on aperçoit, à l’intérieur des colonies, des charognards, principalement des skuas, des pétrels géants et des chionis qui se promènent en permanence en quête et à l’affût d’un repas constitué soit d’un placenta, soit d’un petit mort écrasé par la charge d’un pacha.

C’est frappant, mais conforme à la loi de la nature.


I – 5. La période de la mue.

Une fois fécondées, les femelles repartent très vite en mer pour environ deux mois afin de restaurer leur condition corporelle avant la mue qui, s’étalant de janvier à février, leur demande une dépense d’énergie conséquente.

Lors de la mue, elles se regroupent en petites colonies situées en général assez loin de la côte (de l’ordre de 300 à 500 mètres). Ces colonies, qui comprennent également des mâles juvéniles, sont plus petites que lors de la reproduction.

Mue des femelles éléphant de mer.


On constate que la mue est fatigante car les femelles sont relativement amorphes lorsqu’on passe à proximité des mares boueuses dans lesquelles elles sont tassées les unes contre les autres. Elles n’arrêtent pas de se gratter avec leurs nageoires pectorales si bien qu’aux abords des souilles traînent des lambeaux de peau desquamée.

Il semble que les mâles reproducteurs ne muent pas. En tout cas, je n’en ai pas vu.


I – 6. La période alimentaire.

Une fois la période d’accouplement terminée, les pachas retournent en mer pendant environ 10 mois tandis que les femelles y retournent après leur mue et y restent pendant 7 à 8 mois jusqu’à leur retour sur terre pour la mise bas. Ces périodes de vie en mer leur sont impérativement nécessaires pour accumuler un stock important de réserves en vue de pouvoir vivre le nouveau cycle mise bas, allaitement et reproduction.

Le développement et les conditions de survie de toute espèce dépendent de l’abondance et la qualité de leur nourriture. Pour les éléphants de mer, ces paramètres conditionnent d’une part le succès reproducteur d’un mâle qui ne peut être atteint que si celui-ci acquiert une grande taille corporelle, donc une longévité importante puisqu’il grandit tout au long de sa vie et, d’autre part, la capacité d’une femelle de donner à son petit, à la fin de l’allaitement, un poids suffisant pouvant lui assurer une chance de survie à la fin de sa première année.

Ainsi, des études menées, certaines grâce à un suivi de quelques animaux équipés de balises Argos, pour connaître les zones de nourriture et le type d’alimentation des éléphants de mer montrent:

   Qu’ils se nourrissent surtout de calamars (ou autre type de céphalopodes) ainsi que de poissons lanternes (Myctophidés). Ils peuvent aller pêcher jusqu'à 1500 m de profondeur car ils ont la capacité de rester en apnée sous l'eau pendant de longues minutes (de 30 mn jusqu’à un record constaté de 2 h). Les poissons lanternes sont plus intéressants en termes énergétiques que des céphalopodes.

   Que les mâles dominants et les femelles les plus âgées préfèrent la zone antarctique alors que les plus jeunes (mâles et femelles) se nourrissent sur l’immense plateau de Kerguelen riche en nourriture du fait, rappelons-le, de sa situation sur la convergence antarctique.

   Que les proies consommées par ces mâles sont plus grosses (études isotopiques).


Tête d’éléphant de mer océanographe suivi par une balise Argos (TP Y&T 414).


Bien que la question de savoir ce que mangent les éléphants de mer paraisse simple, on est loin de bien connaître leur alimentation lors de leurs longs séjours dans l’océan austral. La quantification exacte du régime alimentaire entre céphalopodes et myctophidés reste à faire en approfondissant aussi les connaissances sur ces poissons à ce jour parcellaires.


I – 7. Population estimée et distribution à Kerguelen.

Des études de dénombrement de la population des éléphants de mer à Kerguelen sont menées depuis environ de 40 ans. Elles sont toutes fondées sur le résultat des comptages des femelles reproductrices présentes dans les harems, donc entre mi-septembre et fin novembre, ces comptages et observations étant limités à la péninsule Courbet. Après calculs statistiques, on estime qu’actuellement la population de ces femelles sur la Péninsule Courbet est de l’ordre de 40 000 individus et par extrapolation on estime que la population des éléphants de mer autour de Kerguelen serait de l’ordre de 120 à 150 000 individus.

Il semble que, depuis une vingtaine d’années, cette population s’est stabilisée après le déclin notable constaté dans les années 1970, et dont les causes sont encore débattues. L’hypothèse favorite est qu’un changement de fonctionnement de l’Océan Austral à large échelle aurait diminué la production des ressources. Il coïncidait de plus avec une période de surpêche. Il en résulte que, la nourriture étant plus rare , les femelles ne pouvaient plus acquérir suffisamment de réserves à transférer à leurs petits, les obligeant ainsi à les sevrer trop tôt et donc à diminuer leurs chances de survie. Malgré les incertitudes, le déclin de population a été quantifié aux alentours de 30%.

Enfin, l’éléphant de mer a une durée de vie de l’ordre de 20 ans.


II – L’otarie de Kerguelen.

Une petite colonie d’otaries est située à la pointe Suzanne, complètement à l’Est de la presqu’île du Prince de Galles, à environ 20 kilomètres de PAF (Port-Aux-Français en langage taafien). On y accède à pied en faisant escale dans la cabane de la Roche Verte implantée à mi-chemin. Aux Kerguelen, il faut marcher avec des bottes qui permettent d’affronter tous les terrains, aussi bien le sol marécageux avec ses souilles dans lesquelles il n’est pas rare de s’enfoncer jusqu’aux genoux, que le sol volcanique rocheux assez friable. Lors de chaque sortie, chaque promeneur porte son sac à dos d’environ 12 kg (vêtements, duvet, nourriture,…). La marche dans ces conditions n’est pas de tout repos !!

La presqu’île du Prince de Galles est le lieu le plus visité de Kerguelen du fait de son accès facile et de la présence de nombreuses espèces d’animaux (manchots papous, gorfous sauteurs, albatros fuligineux, cormorans). A peu près une fois par semaine, 3 à 4 hivernants y séjournent pendant 2-3 jours pour se détendre.

Plusieurs timbres représentant l’otarie de Kerguelen (arctocephalus gazella) ont été émis par l’administration des TAAF.


Otarie (TP Y&T 16) et Couple d’otaries TP Y&T PA 48 et 54)


L'otarie de Kerguelen a été tellement chassée pour sa fourrure aux XVIIIème et XIXème siècles qu’elle a failli disparaître et a même été portée disparue. Grâce aux otaries des Iles Nuageuses épargnées par les massacres, la recolonisation de Kerguelen a pu se produire jusqu’à atteindre aujourd’hui une population estimée à 15 000 individus. Cette espèce est maintenant protégée.


II – 1. Aspect physique.

Comme pour l’éléphant de mer, le dimorphisme sexuel est important. En effet, les mâles adultes mesurent de 1,85 m à 2 m avec un poids compris entre 80 et 160 kg tandis que les femelles adultes ont une taille comprise entre 0,80 m et 1,3 m pour un poids entre 30 et 50 kg.

L’otarie a des petites oreilles. Son pelage argenté est imperméable et la protège du vent.


II – 2. Mode de vie.

A – A terre.

L’otarie ne vient à terre que pour mettre bas, élever son petit et se reproduire. A terre, elle vit en petites colonies situées en bord de l’océan. A Pointe Suzanne, la plage est herbeuse et battue par les vents. A l’opposé de l’éléphant de mer, l’otarie est très habile à terre où elle se déplace très vite sur ses nageoires. Quand on s’approche d’elle, elle n’hésite à vous foncer dessus en s’arrêtant brusquement à 3-4 mètres, ce qui est très impressionnant la première fois. L’otarie fait très souvent sa toilette pendant que les petits jouent entre eux.

Après la mise bas fin novembre, l’otarie allaite son petit pendant environ 4 mois jusqu’à fin avril. Pendant cette période, elle alterne des périodes à terre (environ 2 jours) pour allaiter et des périodes en mer (entre 2 et 7 jours) pour se nourrir.

Pour la reproduction, chaque mâle dominant constitue un petit harem (10 à 20 femelles).

On notera que la calligraphie des timbres des TAAF reflète fidèlement les otaries prises en photo.


Otaries mâle, femelle et jeunes.



B – En mer.

L’otarie passe les 7 autres mois de l’année (entre fin avril et fin novembre) en mer.

Ce n’est que récemment qu’on sait où elles vont. En effet, en équipant des femelles de balises GPS et d’appareils enregistreurs de lumière, les scientifiques ont pu constater que les otaries pêchent dans des zones situées en moyenne à 160 km au large de l’archipel des Kerguelen et qu’elles plongent habituellement entre 30m et 40m de profondeur, voire jusqu’à 80m. La pêche se déroule essentiellement la nuit.

Otarie avec un émetteur fixé sur le dos (TP Y&T 264).



II – 3. Nourriture.

Les otaries se nourrissent principalement de krill (petites crevettes vivant dans les eaux froides) et de poissons lanternes (Myctophidés). Comme ces derniers remontent la nuit vers la surface pour se nourrir, les scientifiques ont trouvé ainsi l’explication de la pêche de nuit.

II – 4. Prédateurs. Durée de vie de l’otarie.

L'espérance de vie est de quinze ans pour les mâles et jusqu'à vingt-cinq ans pour les femelles, sous réserve qu’ils n’aient pas été tués par l’un de leurs deux prédateurs, le léopard de mer et l’orque.


III – Le léopard de mer.

Lors de mes différentes ballades à Kerguelen, je n’ai eu que deux occasions d’approcher un léopard de mer (nom scientifique : Hydrurga leptonyx), l’une à proximité de la base et l’autre au « Halage des naufragés » situé entre les presqu’îles Ronarc’h et Jeanne d’Arc.

Cette espèce a donné lieu à trois émissions de timbres de la part des TAAF, le premier de 4 francs émis en 1959 et deux autres émis en 1980 (1,30F et 1,80F) reproduits ici.


Léopard de mer (TP Y&T 14 et 16).


Ce phoque est un animal solitaire qui vit en Antarctique et qui remonte au printemps vers le nord pour muer. C’est pourquoi on peut l’apercevoir dans les îles subantarctiques et en particulier à Kerguelen où il dort sur les plages de galets. Il doit son nom aux taches sombres de son long corps effilé à la forme de reptile.


Léopard de mer sur rocher et lit d'algues


Le léopard de mer est considéré comme le plus féroce des phoques de l’Antarctique. C’est en effet un redoutable carnivore du fait de sa nage très rapide et de sa puissante mâchoire à la dentition impressionnante. Cependant, les scientifiques indiquent que son régime alimentaire très opportuniste, car extrêmement varié, est constitué comme suit :

   Environ 45% de krill grâce à sa dentition spéciale qui lui permet de filtrer l’eau de mer.
   Approximativement 35% résultant de la chasse de jeunes otaries ou de jeunes phoques 10% de manchots contrairement à l’image habituelle perçue dans les films animaliers.
   Enfin 10% de poissons et de céphalopodes.

L'espèce n'est pas considérée comme menacée. Le léopard de mer est curieux lorsqu’il est à notre contact.


Tête et mâchoire de léopard de Mer



IV – Le dauphin de Commerson.

Un soir, en revenant de réparer un sismographe à l’île Longue, j’aperçois à l’avant du chaland 2 ou 3 dauphins avec la tête ainsi que les ailerons de couleur noire. Ce sont des dauphins de Commerson (Cephalorhynchus commersonii).

Malheureusement, je n’ai pas pu prendre des photos à cause de la luminosité. Plus tard, de retour à la base, j’apprends que l’archipel des Kerguelen est un des deux endroits au monde où ils se trouvent, l’autre étant la Patagonie. Ce dauphin aime les baies protégées, ce qui est le cas dans le Golfe du Morbihan entre Port-aux-Français et l’île Longue.


Dauphin de Commerson (phots B Millereux)


Dauphin de Commerson (BF de 2014 ).


Le dauphin de Commerson fait partie de l’une des plus petites espèces de dauphins.

Il apprécie les eaux peu profondes et se nourrit de poissons. Il a également été aperçu dans les zones Nord et Sud de l’archipel lors de quelques travaux scientifiques d’été.

En 1974, le dauphin de Commerson n’avait fait l’objet d’aucune étude scientifique à Kerguelen.

Lors des deux dernières saisons (2012-2013 et 2013-2014), la réserve naturelle des Terres australes françaises a initié un programme permettant de mieux connaître cette espèce et notamment sa population, son écologie alimentaire et ses caractéristiques génétiques, l’objectif final étant de préciser leur réel statut de conservation à l’échelle mondiale.

Les premiers résultats résultant des données collectées lors de la première campagne 2012/2013 ont permis :

   d’estimer que la population dans le golfe du Morbihan est comprise entre 60 et 80 individus. La mise à l’eau d’une acousonde en février 2014 permettra d’assurer un suivi de cette population et de mieux connaître les changements saisonniers de fréquentation des sites à l’intérieur du golfe,
   de constater, d’après la signature isotopique d’échantillons de peau, que le dauphin se nourrit majoritairement de poissons côtiers confirmant ainsi un habitat de type fjord,
   de confirmer, d’après les analyses génétiques des séquences d’ADN du dauphin de Commerson à Kerguelen et de son cousin sud-américain, qu’il n’y a eu aucun échange de gènes entre ces deux dauphins depuis une très longue période.

Cet important isolement de la population de dauphins de Kerguelen a créé une sorte de sous espèce à part. Avec un nombre très faible d’individus, le dauphin de Kerguelen peut devenir vulnérable aux changements environnementaux et climatiques actuels. En cas de disparition, un éventuel repeuplement avec d’autres populations ne semble même pas envisageable.

C’est à partir de ces considérations que la sous espèce de dauphins de Commerson (Cephalorhynchus commersonii kerguelensis) a été proposée par les TAAF en 2013 pour être classée dans la catégorie « en voie de disparition » sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).



(A suivre...)

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